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Anna de Sandre | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
Nous plongerons comme des cailloux autour d'un îlot de solitude, et nous tracerons en gagnant ses rives un carrefour de cris plaintifs.
Et de chaque point cardinal, courant en file indienne, nous obtiendrons des points de vue si différents que nous haïrons les pensées qui jettent les critiques dans les chemins de traverse.
Armés de nos poings, nous planterons de la terreur qui grandira dans tout ce qui prendra corps et de nos actes, et de notre esprit, et forts du nombre de notre majorité, nous donnerons raison à la vitesse du bruit.
Puis, fatigués et vides d'avoir arpenté ce lopin qui au premier abord ne nous servait à rien, nous nous affalerons au pied d'arbres creux et passerons pour des sages assis alors que nous aurons claqué le montant du silence.
C'est dans cette posture que nous accueillerons les nouveaux venus, caillasses imbéciles comme nos exploits, et qu'avec leur aval et le bras tendu, nous entrerons dans la légende.
Anna de Sandre dans Biffures, Grognardises | Lien permanent | Commentaires (54) | TrackBack (0)
Gao Xingjian - Rencontre - couleur
« Ferme ta bouche, tu vas gober des mouches avec ta tête à
lécher les vitres. »
Il essuie ses lunettes – soigneusement – dans le pli du pantalon,
laisse passer un vol de mégot, puis ajuste ses lorgnons.
La transparence des carreaux met en scène un clignement d’yeux. La précision du projectile a secoué son flegme. J’allume une tige derechef, et tue une fourmi avec colère sous mon talon. Son tic nerveux le rapproche des timides et facilite les recrutements.
Mon départ sera pénible, je ne veux pas froisser le reste de la troupe. Je n'ai pas touché au verre d'eau sur la table. Lui non plus. Je le comprends, nous avons la même science des poisons.
Anna de Sandre dans Biffures, Je ne suis pas visuelle | Lien permanent | Commentaires (48) | TrackBack (0)
Des feuilles de tomates gelées, dans mon jardin pétrifié, sont inertes sous les fleurs jaunes qui jusqu'ici refleurissaient avec le retard de l'automne (et puis aussi un peu mardi).
Elles sont posées, sobres dépouilles, comme les tuniques d'orties filées à la quenouille d'une princesse, laborieuse pour ses frères qu'une sorcière changea en cygnes quand ils se battaient dans la bruyère (non mais tu parles d'une guigne !)
Abrités sous les tricots, les pauvres oiseaux redevinrent princes, mais je n'aurai pas de coulis à Noël. A quoi ça sert d'avoir des rejets si tout est gâché par le gel ?
Alors je bois un thé « au coin du monde » de Keren Ann et me méprends – volontairement – sur les premiers accords. J'avale à gorgées chaudes le quiproquo entraînant et marche l'amble comme le cheval sans nom du groupe America.
A portée de bisou, ma voyelle en blouson noir Petit bateau stridule dans son parc en frottant son nez contre un doudou.
Sous ma fenêtre, un cygne chagrin picore du pain de la veille.
Hier encore, la rumeur espérait la fin d'un monde.
Anna de Sandre dans Longtemps la poésie m'a ennuyée de bonne heure, Marmousets | Lien permanent | Commentaires (52) | TrackBack (0)
Anna de Sandre dans Biffures, Longtemps la poésie m'a ennuyée de bonne heure | Lien permanent | Commentaires (74) | TrackBack (0)
Anna de Sandre dans Grognardises, Longtemps la poésie m'a ennuyée de bonne heure | Lien permanent | Commentaires (71) | TrackBack (0)
Tu as froncé
sous tes points mousse
deux petits traits
sur ta frimousse
tard ce matin
et sous le vent
d'un croisement
entre deux trains.
C'est qu'il te faut
un bon tricot
alors je garde
ta douce image
arrive à temps
mais hors d'haleine
et lave et carde
le gros nuage
pris sur l'évent
de la baleine.
Anna de Sandre dans Longtemps la poésie m'a ennuyée de bonne heure, Marmousets | Lien permanent | Commentaires (47) | TrackBack (0)
Le ventre replet d'un lapin trapu
La joie de le toucher
et rire et hurler
en soie d'Alger surfine, brodé
Des éclats du Grand Arrêt sous les doigts
et rien ne bouge sur la table
sur une trame serrée en lin métissé.
Les ombres poudrées d'un papillon sot
La peur de le tuer
et chercher du nougat
en paperolles souples, roulées
Les fumerolles en bas
et pas de bruit dans le chenil
dans la neige d'un dessert de plume.
La chair et la brillance d'un poisson fertile
L'envie de le manger
mais où sont mes semblables
en sanguine ocre et beige
Le nuage du champignon
et aucune vie malgré la pluie
entre deux murs de rêve.
Anna de Sandre dans Longtemps la poésie m'a ennuyée de bonne heure | Lien permanent | Commentaires (28) | TrackBack (0)
François Bon et Scriptopolis ont lancé l’idée des Vases Communicants.
Aujourd'hui, Pascale Petit et Anna de Sandre s'invitent réciproquement.
***
BARCELONE, BIARRITZ, SAINT-MALO, PARIS
Pascale Petit
Je vous ai vue pour la première fois à Barcelone, à la terrasse du Zurich. Vous étiez avec un homme qui ressemblait à un Sud-Américain. Vous aviez un bustier bleu, une jupe de la même couleur et vous étiez bronzée. Vous buviez du granizado à petites gorgées. Vous n'aimiez pas ça, vous buviez pour vérifier. Moi aussi, je me fais toujours avoir avec le granizado. C'est froid, laiteux, parfumé à on-ne-sait-quoi. Mais on ne peut pas en boire ailleurs. Vous aviez des lunettes noires et moi aussi. Je ne sais pas si nos regards se sont croisés. Je portais un pull écru de chez Andrès Andreu et j'avais trop chaud. Je buvais un granizado. Je me fais toujours avoir avec le granizado.
Je vous ai suivie dans les Ramblas jusqu'à votre hôtel. Vous étiez pour une semaine au Regente. Vous alliez tous les jours au Zurich avec le Sud-Américain. Vous buviez du granizado, du café sans sucre, du jus d'orange à la paille et de l'eau. Vous ne parliez pas et vous n'écoutiez pas le Sud-Américain. Je commandais très fort mes granizados au garçon. Vous gardiez tout le temps vos lunettes noires. Moi, je les enlevais quand je buvais et je vous regardais. Vous êtes la seule à savoir si nos regards se sont croisés.
J'ai pris une chambre au Regente. Le soir, vous n'étiez pas avec le Sud-Américain. Vous étiez avec un garçon qui vous prenait les mains par-dessus les plats. J'étais le garçon qui vous apportait les apéritifs. Vous n'aviez plus vos lunettes noires et je sais que nos regards ne se sont pas croisés. La nuit, le blond vous emmenait vous faire peur dans Barcelone.
Vous êtes partie à Biarritz avec un
type que vous avait présenté le Sud-Américain. Vous passiez des
journées entières à la plage avec lui. Vous faisiez semblant de
l'aimer. Vous aimiez le bleu. Vous avez acheté un chien que vous
avez laissé quand vous êtes partie. Je venais à la plage en même
temps que vous. J'avais acheté un chien moi aussi pour qu'il joue
avec le vôtre quand vous remontiez les escaliers.
Vous avez passé du temps à Saint-Malo. Trois jours par semaine, vous travailliez au musée. Je n'y allais pas trop, les chiens sont interdits. Les quatre autres jours, vous alliez à la plage. Vous aimiez le bleu, vous ne faisiez pas semblant d'aimer quelqu'un. A la fin, vous comptiez les jours dans le sable, vous regrettiez votre chien.
Vous vivez à Paris. Vous faites tous les jours Mouton-Duvernet-Denfert-Rochereau-Campo-Formio dans les deux sens. Vous donnez de l'argent aux gens qui chantent dans le métro parce que ce ne sont jamais les mêmes. Vous travaillez rue Pirandello dans une librairie de livres anciens et ésotériques mais vous ne croyez pas à la transcendance de Dieu. Vous aimez moins le bleu à Paris. Vous faites des recherches sur saint Jean Chrysostome et ça vous prend tout votre temps. Vous ne mettez jamais votre bustier bleu ni votre jupe de la même couleur. Vous allez souvent au bois de Vincennes.
Je marche trop, je fume, j'ai vendu mon chien. J'espère que vous lirez mon annonce. Écrivez-moi. On ira boire un granizado à Barcelone. C'est froid laiteux parfumé à on-ne-sait-quoi. Yann Détras. 11 rue Pirandello. 75013 Paris.
Dominique Boudou et Cécile portier
Pierre Ménard et Élise Lamiscarre
Baptiste Coulmont et Scriptopolis
Anne Savelli et Martine Sonnet
Ligne de vie et Arf
Frédérique Martin et Désordonnée
Tiers livre et la vie dangereuse
Michel Brosseau et Mahigan Lepage
C’était demain et Petite racine
36 poses et Arnaud Maisetti
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Anna de Sandre dans Longtemps la poésie m'a ennuyée de bonne heure, Marmousets | Lien permanent | Commentaires (37) | TrackBack (0)
(...) J'ai atterri dans un mauvais café après avoir roulé des clopes et des pelles, et une avocate maternante qui m'avait offert le gîte et le couvert. Trois jours après elle remarquait mon ouïe fine. J'ai arrêté de lui parler avec les mains et sauté depuis l'oriel de sa chambre d'amis sans même récupérer ma brosse à dents.
Le patron doit être un fan de Boris Vian, parce qu'il essaye d'attraper un poisson dans l'évier à l'aide d'un fil à plomb noué sur une badine (et probablement de la mie de pain mais je n'en suis pas sûre, je ne vois pas bien avec quoi il appâte depuis ma banquette) (...).
Extrait de Le parapluie rouge (nouvelle en cours d'écriture)
Anna de Sandre dans Biffures | Lien permanent | Commentaires (62) | TrackBack (0)
D'aucuns exercent leur puissance sur autrui avec une main basse et une main leste, un cylindre sur une tempe ; le diktat d’une majesté des mouches ; une taille trente-quatre ; un rideau crotté chez un micheton ; un cadeau de fesse-mathieu ; le retrait d'un quignon de pain de ta bouche ; une trempe sur un refus d’obtempérer ; une course dans un sable africain ; une concussion sur les éconocroques d’un subclaquant ; une excision de berlingot ; un grain de sel sur une escarre ; une expulsion de bébé du ventre d’une sans-papiers ; un œilleton dans la chambre de Cosette ; le sexe des anges dans une bouche crédule, et mon cul sur la commode.
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Il y a la mer et la neige,
et dans une barge laissée à quai
une brune ronde
et longuement nattée.
De l'or froissé
écorche ses yeux vairons,
et de la poudre blanche
accrochée à ses jupons
rappelle qu'on est dimanche
et qu'elle lisait
des nouvelles de Norvège.
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Anna de Sandre | Lien permanent | Commentaires (40) | TrackBack (0)
Anna de Sandre dans Biffures, Longtemps la poésie m'a ennuyée de bonne heure | Lien permanent | Commentaires (33) | TrackBack (0)
Un temps ramassé et parcimonieux entre deux tonneaux
suffit parfois pour blesser au cul l'espoir d'un conducteur,
soucieux de rogner encore un bout de vie
malgré des crocs limés
par le chant disharmonique des échecs.
Et c'est en vain qu'il voudra installer un nouveau rythme
aux temps asynchrones d'avec son cœur,
car la pleutrerie – cette vieille pute aux lèvres mordues –
le ramène à chaque élan de celui-ci
dans l'attente dépassionnée,
de préférence bloqué sur des rails
devant un train hostile et à grande vitesse.
Je voudrais relever le hasard loqueteux
de ses fonctions d'entremetteur,
celui-là même qui a fait de ce pilote fragile et trouillard
le postillon des poneys qui me trainent d'une épreuve à une autre,
et pouvoir anticiper les prochaines emmerdes
dressée sur un appaloosa,
comme une cavalière mouillant pour un Sirocco,
ses grains de sable et ses criquets pèlerins.
Anna de Sandre dans Biffures, Longtemps la poésie m'a ennuyée de bonne heure | Lien permanent | Commentaires (37) | TrackBack (0)

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